Comprendre pourquoi le Covid 19 nous angoisse

Comprendre pourquoi le Covid 19 nous angoisse

Nous sommes nombreux à être concernés par une augmentation de l’angoisse au fur et à mesure que l’épidémie s’étend.

Certains d’entre nous le supportent assez bien, même si c’est dur pour tout le monde. Mais d’autres voient leur angoisse monter progressivement, sont désemparés et ne savent pas comment gérer cette angoisse.

Pour nous aider à passer ce cap difficile et à faire face, je vous propose quelques conseils que je tire de ma pratique de psychiatre et psychothérapeute. Bien sûr, les conseils et les exercices que je vous propose dans ces articles ne prétendent pas se substituer à une thérapie en cabinet, mais ils vous permettront d’apprendre et d’expérimenter par vous-même des méthodes simples, concrètes et efficaces. Pour la plupart validées scientifiquement et pratiquées par des milliers de psychothérapeutes dans le monde, ces méthodes je les pratique depuis près de 30 ans en me référant aux recherches internationales en psychothérapie.

Elles ont donc démontré leur efficacité.

Notre auto thérapie

Nous allons procéder ensemble un petit peu comme nous le faisons en psychothérapie. La première étape est de s’informer sur son trouble, de mieux le comprendre pour mieux le gérer par des méthodes efficaces.

D’abord comprendre les causes et les mécanismes de l’angoisse liée à l’épidémie.

Je souhaite éviter une liste de recettes. Je pense qu’en psychologie et en développement personnel, si l’on veut être efficace sur soi-même il faut, avant d’employer telle ou telle technique, comprendre d’abord ce qui nous arrive.

C’est pourquoi la plupart de mes articles auront toujours ces deux aspects : « mieux me comprendre pour mieux me changer ».

Actuellement, on voit trop de personnes s’éparpiller dans différentes techniques de psychothérapie, dont l’efficacité n’est d’ailleurs pas toujours prouvée, sans avoir eu au préalable l’avis d’un professionnel compétent. De fait je souhaite vous donner une information assez complète sur l’angoisse avant de vous proposer les moyens d’agir.

S’informer et comprendre ce qui m’arrive me parait une étape essentielle en psychologie avant de pouvoir trouver des solutions à mes difficultés. C’est ma démarche et elle s’applique aussi à l’épidémie de covid 19 et au confinement.

Nous pouvons donc en déduire le plan de l’intervention suivant : je définirai d’abord l’angoisse très rapidement. Puis je vous expliquerai en quelques mots l’origine et les causes de nos angoisses. Nous verrons ensemble comment se développe une crise d’angoisse pour ensuite aborder la question fondamentale : comment gérer moi-même mon angoisse ? Ces méthodes d’autogestion de l’angoisse seront décrites dans d’autres articles.

Définition de l’angoisse :

Par définition, la crise d’angoisse est une peur sans raison objective ou en tout cas une peur excessive par rapport à la raison objective. En pratique il y a souvent une surestimation du danger qui fait qu’un événement qui parait banal à beaucoup d’entre nous va devenir anxiogène et déclencher une angoisse parfois importante chez certains.

Dans le cas de l’épidémie de covid 19, il ne s’agit pas d’un événement banal mais d’un événement inhabituel. Dans cette situation, l’angoisse est donc adaptée et non pas pathologique comme nous l’avons vu dans un article précédent.

Quelles sont les causes de l’angoisse habituellement évoquée ? (en dehors de l’épidémie de Covid 19)

Les causes de l’angoisse

Elles n’ont pas toutes la même importance. S’il existe une certaine vulnérabilité biologique,  des antécédents d’anxiété ou de dépression dans la famille, des gens souffrant de troubles anxieux, la part de cette vulnérabilité n’est pas connue avec certitude mais elle n’est probablement pas prépondérante.

Les personnes angoissées présentent souvent une hypersensibilité aux sensations physiques très importante dans la genèse de la crise d’angoisse. Au cours d’un moment de fatigue, de lassitude ou de légers malaises, les sensations physiques vont être perçues mais banalisées par la grande majorité des gens. En revanche d’autres, et en particulier ceux qui ont souffert dans le passé d’anxiété, vont percevoir avec une acuité particulière ces sensations physiques. Cette hypersensibilité physique est à dépister pour prévenir les crises d’angoisse.

Nous pouvons noter également dans certains cas une éducation surprotégée et un manque d’apprentissage de l’enfant à affronter les situations de vie difficiles ou nouvelles.

Le virus peut nous conditionner à l’angoisse si nous n’y prenons garde.

Enfin et surtout, la cause essentielle de la sensibilité à l’angoisse est l’existence dans notre passé de conditionnements. C’est-à-dire que nous avons construit de manière inconsciente un lien de causalité entre deux informations qui n’avaient aucun rapport entre elles mais qui sont survenues au même moment dans notre vie. Par exemple, si nous avons été particulièrement angoissés en franchissant un tunnel, nous risquons d’être angoissés à nouveau dans la même situation. Il se peut que cette angoisse ne soit pas liée au tunnel mais à une mauvaise nouvelle annoncée à la radio au moment où nous avons eu peur sous le tunnel pour la première fois. En fait, c’est la mauvaise nouvelle qui a généré l’angoisse et non le tunnel. Notre cerveau s’est trompé, il a cru que le tunnel était responsable de l’angoisse et de fait lorsque nous empruntons à nouveau les tunnels, notre cerveau, qui se souvient du malaise des passages précédents, va se mettre en état d’alarme, de stress et déclencher l’angoisse. Très vite nous oublierons la cause première et réelle de l’angoisse et nous finirons par être persuadés de souffrir d’angoisse dans les tunnels. Il s’agit d’un conditionnement.

Ce mécanisme de conditionnement peut nous arriver dans bien des situations. Ainsi une angoisse la première fois que nous avons dû prendre la parole va considérablement nous gêner par la suite lorsque nous devrons intervenir dans une réunion professionnelle, familiale ou amicale. Alors qu’elle se rendait chez une de ses copines de collège et qu’elle poussait le portillon de sa villa, une de mes jeunes patientes est tombée sur un énorme chien aboyant bruyamment. À partir de ce moment, non seulement elle ne pouvait plus approcher les chiens mais elle était incapable de retourner chez son amie, ni même de passer devant sa maison. Elle s’était conditionnée ou plutôt son cerveau l’avait conditionnée.

Nous rencontrons fréquemment de telles situations : la peur de conduire sur l’autoroute succédant à une frayeur qu’on a éprouvée un jour en doublant un camion ; la peur de prendre l’avion ou de se retrouver face à l’autorité d’un chef impressionnant qui nous rappelle notre angoisse face à l’autorité vécue lorsque nous étions plus jeunes… je pourrais multiplier les exemples, beaucoup d’entre nous connaissent ce genre d’angoisses dans leur vie. Elles sont banales. Mais en cette période de confinement et d’épidémie au Cornaro virus, elles peuvent être renforcées et d’autres angoisses se créent avec le risque de se répéter plus tard une fois l’épidémie passée si nous n’en comprenons pas les mécanismes et si nous n’agissons pas sur ce sur eux pendant la phase épidémique.

Connaître ces phénomènes de conditionnement est donc particulièrement important pour la suite de notre vie afin d’éviter que nos angoisses ne reviennent chaque fois que nous rencontrerons une situation grave, surprenante, inattendue.

La connaissance de ces mécanismes de l’angoisse est donc essentielle pour prévenir des ennuis psychologiques futurs.

Voici comment l’angoisse peut se constituer.

Le covid 19: un stimulus particulièrement angoissant

Nous comprenons tous que l’épidémie de coronavirus, par sa gravité, par la rapidité de la propagation du virus, par la surprise qu’elle entraîne dans des sociétés qui ne sont plus habituées aux états de guerre, aux grandes épidémies, constitue un stimulus intense pour déclencher de l’angoisse chez la plupart d’entre nous.

Il en est de même du confinement, de ses effets de privation de nos comportements habituels, de l’incertitude de sa durée, de notre manque d’habitude face à une situation inédite. Autant de stimuli particulièrement intenses et susceptibles de déclencher des états d’angoisse.

Maintenant que nous savons d’où vient l’angoisse, essayons de comprendre comment, une fois déclenchée, elle va se maintenir ou même parfois s’amplifier.

Le cercle vicieux de la peur

Le virus ainsi que les informations permanentes qui nous sont transmises jouent le rôle de facteurs déclenchants.

Notre cerveau possède un système d’alarme particulièrement sensible, l’hypothalamus, qui repère tous les dangers qui nous entourent. Lorsqu’il voit un danger arriver, aussi inquiétant que celui du virus covid 19, notre cerveau va déclencher une réaction de survie qui est la réaction de stress. Ce cerveau archaïque envoie des informations à une partie de la glande surrénale (la médullosurrénale) et lui dit : « attention danger, nous sommes attaqués, il faut que tu sécrètes les hormones de défense ». La glande surrénale réagit en sécrétant l’adrénaline, principal médiateur du stress aigu, dont les effets sont d’augmenter le rythme cardiaque, de contracter les muscles, de propulser le sang plus rapidement dans notre organisme… Bref, tous ces effets que nous ressentons lorsque nous commençons à être angoissés.

Le mécanisme de cette réaction physiologique de stress aigu est le même chez tous les humains. Mais c’est son interprétation qui diverge selon les individus.

Ne nous trompons pas d’interprétation lorsque nous ressentons des symptômes d’anxiété

Si nous interprétons cette réaction physique comme normale, nous ne développerons pas de crise d’angoisse. La connaissance de ces mécanismes du stress nous permettra de ne pas prendre peur et de comprendre qu’il s’agit d’une réaction physiologique normale lorsque nous ressentirons à nouveau ces sensations physiques. En revanche, si nous ne connaissons ces mécanismes physiologiques, nous risquons d’interpréter cette réaction physiologique comme le début d’une crise d’angoisse et le retour de ce que nous avons déjà connu.

Si le stress se poursuit dans la durée, plusieurs jours ou plusieurs semaines, comme c’est le cas actuellement avec le coronavirus et le confinement, l’autre partie de la glande surrénale nommée corticosurrénale va sécréter du cortisol. C’est une mauvaise nouvelle. Cette  hormone est notre cortisone endogène. Ella a pour effet de baisser nos défenses immunitaires et donc de nous rendre plus vulnérables au virus. Une autre raison de bien gérer notre stress dès le début de la crise.

Et l’histoire de l’angoisse se poursuit.

Si nous n’avons pas connaissance de ces mécanismes de conditionnements, du déclenchement et du maintien de l’angoisse, nous risquons d’être entrainés contre notre gré dans le cercle vicieux de l’angoisse. Comprendre ce mécanisme du maintien de la peur va nous permettre de l’arrêter et d’éviter qu’elle se chronicise. Nous compléterons cette compréhension par des solutions comportementales et cognitives qui seront décrites dans de très prochains articles. Mais insister sur la compréhension est un préalable indispensable à l’application des solutions si nous voulons être vraiment efficaces durablement dans la gestion de nos angoisses. Trop de solution proposées pour gérer l’anxiété ne sont efficaces qu’à très court terme. Elles nous calment sur le moment puis notre anxiété revient comme en témoignent de très nombreux patients que j’ai eus à prendre en charge pour des troubles anxieux sévères. Ils avaient essayé des méthodes présentées comme des solutions à l’anxiété. Mais elles n’avaient qu’un effet symptomatique et malheureusement temporaire.

 La peur de la peur : un autre cercle vicieux.

Si nous n’y prenons garde, cette peur de la peur s’installe, en particulier à cause de certains préjugés que nous rencontrons très fréquemment dans nos consultations pour anxiété.

Préjugé un : « Je dois être très vigilant au moindre symptôme qui peut me faire penser qu’une angoisse va revenir »

Après une première angoisse pénible, nous allons être en hypervigilance et surveiller toutes les informations sensorielles, émotionnelles et physiques qui pourraient nous faire penser que l’angoisse revient.

Comme les sentinelles d’un fort, nous serons en état d’alerte permanent envers le moindre signe physique. Tiens mon cœur se met à battre plus vite exactement comme la dernière fois. Tiens je ressens ma gorge se serrer, mon souffle se couper, mes palpitations, cela va recommencer… tiens je sens une faiblesse dans les jambes, des sueurs, des transpirations… je le sais, la panique revient…

En revanche, si nous avons bien compris les mécanismes de l’anxiété, nous interpréterons nos symptômes physiques comme une sécrétion d’adrénaline normale et adaptée dans un contexte de dangers aussi importants que sont le coronavirus et le confinement.

Le premier mécanisme de maintien de l’angoisse est la peur excessive d’un danger réel mais que l’on maximalise. Nous sommes tous confrontés au danger réel du Covid 19. Mais certains d’entre nous considèrent ce danger comme beaucoup plus important à cause de leur hypersensibilité. Il faudra donc pour eux ramener l’importance du danger à la juste réalité. Des techniques cognitives, sujet de prochains articles, apporteront une aide précise en ce sens.

Préjugé deux : « Je ne serai pas capable de faire face »

Existe aussi un deuxième mécanisme psychologique de maintien de l’angoisse. C’est la sous-estimation de mes capacités à faire face au danger. Nous ne sommes pas égaux là non plus. Certains d’entre nous ont de bonnes capacités à faire face au danger. Soit parce qu’ils ont déjà été confrontés à de dangers graves et s’en sont bien sortis. Soit parce qu’ils ont des capacités de résilience particulièrement développées. Soit parce qu’ils ont fait une thérapie efficace et ont appris par des méthodes comportementales à affronter et surmonter les dangers. D’autres se sentent moins dans la capacité de faire face au danger. Soit parce qu’ils n’ont pas appris à faire face, qu’ils ont été moins confrontés à de dangers graves, soit parce qu’ils sont plus sensibles comme nous l’avons vu précédemment. Souvent ils manquent de confiance en eux. Un travail leur permettant d’augmenter leur capacité à faire face aux dangers et leur confiance en eux sera très utile. Là encore nous verrons dans des articles ultérieurs des techniques comportementales et cognitives répondant à ces objectifs.

À ce stade, nous avons, je pense, une très bonne connaissance des causes de l’angoisse, de ses mécanismes de déclenchement et de ses mécanismes de maintien pour aborder les solutions afin de gérer nous-mêmes nos angoisses.

Dans les prochains articles nous verrons ensemble deux grands types de solutions.

Tout d’abord des solutions comportementales qui vous permettront de mieux affronter cette phase épidémique et ce confinement.

Ensuite je vous présenterai des solutions cognitives visant à relativiser le danger et à mieux interpréter tout ce qui nous arrive en ce moment particulier.

J’écris ces articles en plus de mon temps de consultation. Je m’excuse de ne pas vous les proposer tous d’emblée. Mais je m’engage à les faire au plus vite, lorsque mes consultations me laisseront un peu de temps. Je m’excuse en cas de faute d’orthographe et de français. Si vous voulez recevoir les autres articles, vous pouvez vous inscrire à la newsletter gratuite. Sinon revenez régulièrement voir le site. Pour les personnes qui ont des difficultés attentionnelles et de concentration pour lire, j’ai prévu aussi faire quelques vidéos sur ma chaîne YouTube. Mon webmaster Olivier que je remercie vivement a commencé à mettre des vidéos. Vous pouvez vous abonner à ma chaîne YouTube. Merci beaucoup de votre attention. Et surtout, prenons bien soin de nous.

Tous droits réservés au docteur Frédéric Fanget, Mars 2020

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