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“Emmanuel Macron et les gilets jaunes” #2

Deuxième épisode : comprendre les erreurs du premier débat

Que peut-on remarquer dans ce premier débat ?

1 -L’influence majeure de nos croyances dans un conflit

 

Tout d’abord chacun des deux interlocuteurs est soumis inconsciemment à une voix intérieure, qui commence avant même la rencontre et qui va considérablement influencer sa position et la tournure que prendra le débat.

Cette voix intérieure, exprime les préjugés de chacun des deux interlocuteurs.

Ils arrivent donc avec des opinions, assez forgés.

Les spécialistes appellent cette voix intérieure la cognition.

C’est ce que nous pensons, l’ensemble des opinions que nous nous sommes faites le plus souvent depuis notre enfance. Puis au fur et à mesure de la vie nous autos confirmons nos opinions en analysant les informations dans le sens de nos préjugés.

Ce mécanisme bien connu des cognitivistes, s’appelle l’auto confirmation de la pensée. Un citoyen de gauche ou de droite écoutera dans l’information quotidienne ce qui confirme son opinion de gauche ou de droite et n’écoutera pas ce qui pourrait aller dans le sens opposé.

Le conditionnement de la pensée.

C’est ainsi que nos pensées ne sont pas si libres que cela. Elles sont conditionnées par nos convictions et nos croyances.

Si nous ne confrontons pas nos croyances à la réalité, c’est-à-dire si nous ne nous ouvrons pas à d’autres points de vue que ceux que nous avons départ, alors nous n’avons aucune chance d’évoluer dans nos croyances et dans nos convictions.

Nos croyances viennent de notre passé

Nous avons peu tendance à les remettre en cause. Lorsque nous arrivons dans une situation nouvelle (par exemple une situation de crise), au lieu de regarder les faits et éventuellement modifier nos croyances, nous allons plaquer nos croyances sur les faits. Par exemple, tout se passe comme si un pessimiste avait des lunettes grises sur les yeux et voyait la vie tristement, à l’opposé de l’optimiste. Tout ceci pouvant aller jusqu’ à un intégrisme intellectuel.

Pour revenir au débat entre le gilet jaune et le président, si les deux interlocuteurs ont une conviction très grande dans leur voix intérieure de départ il y a très peu de chance qu’ils s’écoutent mutuellement. Ils ne pourront pas tenir compte de l’avis de l’autre, ni modifier leur propre avis, et encore moins évoluer vers un compromis respectant les deux opinions.

C’est pourquoi avant même de dialoguer, si l’on veut avoir une chance d’avoir un débat constructif, il faut des personnes qui soient capables de remettre en cause leurs préjugés, leurs croyances, en les confrontant à la réalité et à l’opinion de l’autre. C’est de cette façon, que nos préjugés ne prendront pas le pas sur la réalité, que nous pourrons assouplir notre position et l’adapter à la réalité et que notre interlocuteur en fera de même.

Comme nous le verrons dans l’épisode suivant avec le débat respectant l’écologie relationnelle efficace, assouplir nos propres croyances avant même de commencer le débat sera un préalable indispensable.

Mais avant cela, quel est le deuxième constat que l’on peut faire de ce premier débat…

2 -Analysons les paroles et les modes de pensée de nos débatteurs

– les attributions externes négatives

une attribution externe consiste à rapporter les choses à l’autre. Sans entrer dans le détail on peut voir qu’ils se parlent essentiellement en tu ou en vous, ce qui met l’autre en cause.

– les attributions internes positives

une attribution interne consiste à rapporter les choses à soi, à prendre la responsabilité d’un événement ou d’une situation.

Le président est convaincu de bien faire, d’avoir géré au mieux le début de son quinquennat et d’avoir les bonnes solutions. C’est de son côté à lui que se trouve le positif (attribution interne positive) alors que les gilets jaunes représente selon lui le négatif (attribution externe négative).

Le gilet jaune est convaincu que tout le négatif vient du président que les choses sont de sa faute (attribution externe négative) et que lui gilet jaune à une position positive justifiée voir indiscutable et n’a pas à se remettre en cause (attribution interne positive).

Ils sont moins d’accord sur un point : c’est de la faute de l’autre si le débat évolue mal et je n’ai pas à mettre en cause mon opinion, je n’y suis pour rien !

Comme vous le voyez nous sommes mal partis. Ce mécanisme s’appelle en psychologie l’escalade symétrique où l’on voit bien que chacun défend son point de vue selon lui fondé et dénigrant le point de vue (selon lui négatif) de l’interlocuteur. Chacun ne peut que monter en pression en tension voir en volume de voix ce qui à l’évidence n’aboutira à aucune solution positive.

De plus les deux protagonistes ressortiront du débat avec des émotions très négatives.

Peut-on faire mieux ?

Y a-t-il une possibilité pour que ces mêmes protagonistes arrivent à discuter dans de meilleures conditions en s’écoutant plus l’un l’autre ? Peuvent-ils déboucher  sur certains compromis ?ou même sur certains constats de désaccords avec une certaine sérénité et sans agression ?

Ce que nous verrons ensemble lors du prochain épisode…