Jusqu’à quel point s’angoisser pour l’épidémie de covid 19

Jusqu’à quel point s’angoisser pour l’épidémie de covid 19

Cette question m’est très fréquemment posée actuellement lors de mes consultations.

La réponse à cette question est oui bien sûr. Il faut une certaine angoisse. Une dose d’anxiété est utile pour se protéger et c’est probablement la première chose qu’il faut retenir.

Le « virus mental »

Mais si une certaine anxiété peut être utile pour nous protéger, lorsqu’elle reste raisonnable, elle peut aussi peut devenir envahissante, occuper toutes nos pensées et se transformer alors en un véritable « virus mental ». C’est anxiété disproportionnée peut amener certains d’entre nous à des comportements inadaptés.

Je voudrais que nous abordions 2 cas de figures qui m’apparaissent très différents en termes d’anxiété.

Le premier cas de figure concerne les personnes actuellement touchées par la maladie  ou dont un des membres de leur entourage est touché et les soignants qui s’occupent des malades atteints par le covid 19.

Le deuxième cas de figures concerne, la majorité d’entre nous qui ne sommes pas toucher par la maladie ou dont un membre de l’entourage n’est pas touché et qui ne sont pas professionnellement en contact direct avec les formes graves de la maladie. 

Le traumatisme psychologique de ceux qui sont touchés par la maladie  et des soignants

Sur le plan psychologique, si nous sommes dans ce cas, nous vivons un véritable « traumatisme psychologique ». En effet par définition, nous parlons de traumatisme psychologique, lorsque la personne subit un événement d’une gravité inhabituelle qui va déborder ses capacités psychiques à y faire face. C’est donc bien le cas ici.

Conseils aux malades atteints du covid 19

Nous avons alors besoin d’une prise en charge médicale et par notre entourage afin de nous soutenir pour passer cette épreuve. Évitons de nous isoler avec notre douleur. Sollicitons l’aide de ceux qui nous entourent et des professionnels. Prenons le plus grand soin de nous. Faisons-nous soutenir par téléphone, par téléconsultation, par les réseaux Internet…

Si vous êtes malades et fatigués, de vous protéger par des réponses brèves en remerciant de la sollicitude de vos interlocuteurs mais en leur indiquant votre besoin de vous protéger, de vous reposer et que c’est vous qui les recontacterez s’ils veulent bien. Les personnes malades ont aussi besoin de penser à autre chose dans la journée qu’alors maladie. Et si elles sont contactées sans arrêt par des personnes qui le rend parlent alors leur mental maître envahi par la maladie.

Conseils aux soignants

La pudeur des soignants peut les empêcher de se faire aider

Je voudrais insister sur la pudeur des soignants qui souvent n’osent pas demander de l’aide tant ils pensent qu’ils devraient, de par leur profession, être capables de gérer psychologiquement une crise de cette intensité. Les soignants, sont des humains comme les autres. Ils sont souvent très résistants à la douleur. Mais ils doivent savoir qu’ils ont aussi des limites, lorsque des catastrophes aussi importantes surviennent. La confrontation répétée à la mort dans une période de temps limité, en ayant le sentiment de ne pas avoir pu sauver la personne peut être extrêmement traumatisante. Lorsqu’ils travaillent en équipe, ils peuvent alors avoir un certain soutien. Mais lorsqu’ils travaillent seul comme par exemple des infirmiers ou des médecins  libéraux cela peut être lourd à porter. Je ne peux que les inciter à se regrouper et à se soutenir mutuellement. Dans une équipe hospitalière ou dans un groupe de médecins tout le monde n’a pas la même résistance au stress. Il est important que chaque soignant préserve sa santé psychique et sache demander de l’aide à temps. Dans mon expérience de psychiatrie et de psychothérapie depuis plus de 30 années, j’ai remarqué que les soignants arrivaient souvent très tard à la consultation à cause de ce préjugé : « je suis un soignant alors je dois être fort et surmonter les épreuves seul ». Souvent ils étaient restés isolés avec leur anxiété, leurs insomnies…, sans oser en parler à leurs confrères et leurs consœurs ou en pratiquant l’automédication dont les résultats sont souvent catastrophiques.

Il est important que les malades, leur entourage malade et les soignants fassent aussi respecter leurs besoins de repos et d’intimité. Un de mes amis réanimateur actuellement touchés par la maladie est envahi de textos, de coups de téléphone, de mails tout plus gentils les uns que les autres mais il est épuisé, il a besoin de repos. Et s’il est très heureux de ce de recevoir tous ces témoignages d’affection, l’excès de ces témoignages le fatigue et l’empêche de se reposer.

Les équipes de l’EHPAD avec laquelle je suis actuellement relation, m’ont indiqué être stressées 24 heures sur 24. Lorsqu’elles rentrent chez elles, leur famille les inquiète et les stress encore plus en leur disant : « il ne faut plus que travailler… tu vas te faire contaminer… ». Tout le monde leur demande des nouvelles de l’été béni de l’épidémie ce qu’elles savent. Tout le monde cherche à se rassurer sur leur dos y compris leur entourage privé. Les aides-soignantes et infirmières de cet EHPAD disent qu’elles n’ont jamais un moment pour penser à autre chose que cette épidémie et que leur angoisse ne redescend pratiquement jamais.

Soignants, demandez à vos familles et à votre entourage de respecter votre engagement et vos valeurs. De vous soutenir, de vous aider à vous reposer de vous soulager de certaines tâches chez vous, de vous entourer lorsque nécessaire mais de vous laisser tranquille lorsque vous avez besoin de repos. Demandez-leur aussi de ne pas aborder la question de l’épidémie si vous vous ne l’abordez pas. C’est à vous de gérer vos temps de repos. Affirmez-vous avec votre entourage. Vous le méritez largement. Quant à vous, protégez-vous du mieux possible avec le maximum de précautions possibles pour vous protéger bien sûr, évidemment protéger les malades mais cela rassura aussi vos familles et vos entourages s’ils savent que vous prenez les précautions pour vous protéger au mieux.

Conseils pour protéger psychologiquement les malades

Si vous avez un malade autour de vous, proposez bien sûr votre aide par un message très bref mais en lui laissant l’initiative de vous recontacter un moment donné où il sera disponible.

Lorsque la maladie vous atteint personnellement ou un membre de votre entourage, le conseil peut être plus important est de vous adresser aux professionnels, à ceux qui connaissent bien la maladie, qui vont pouvoir vous donner les bons conseils. Attention aux  fake news c’est-à-dire aux fausses nouvelles, attention à l’Internet il est souvent difficile de vérifier la réalité et la véracité des informations. Les systèmes de santé ont organisé des réponses téléphoniques par des spécialistes. Le 15 est réservé à ceux qui ont des symptômes. Le gouvernement a mis en place des accueils téléphoniques pour les problèmes non médicaux (informations renseignements..).N’encombrez pas le 15 si votre cas n’est pas urgent.

Bien évidemment cela va sans dire, si vous êtes malades ou proches de malades vous devez respecter très rigoureusement les règles dictées par les systèmes de santé afin de vous protéger et de protéger ceux qui vous entourent.

N’oubliez pas que en cas d’épidémie nous sommes tous vecteurs de virus et qu’il faut donc protéger toutes les personnes qui croisent un porteur de virus ou une personne atteinte.

L’anxiété de ceux qui ne sont pas directement touchés par la maladie ou qui ne sont pas soignants

Ceux qui sont dans ce cas peuvent aussi avoir des réactions psychologiques importantes pendant cette période d’épidémie et de confinement. Mais dans ce cas on ne pourra pas parler de : «traumatisme psychologique » au sens propre du mot. En revanche on pourra parler de réaction de stress ou d’anxiété d’adaptation à une situation inattendue, inconnu et grave.

La nuance est importante, car en psychiatrie les traitements pour le stress post-traumatique du premier cas de figure que nous avons vu ci-dessus et les traitements pour l’anxiété d’adaptation et le stress ne sont pas les mêmes.

L’anxiété nous protège

Rappelons tout d’abord qu’une certaine dose d’anxiété est adaptée à la situation.

Comme l’a dit notre président, nous sommes dans un état de guerre et nous devons donc présenter une particulière vigilance envers le virus.

Il en est de même sur le plan psychologique. Votre anxiété est au fond votre sentinelle du fort qui vous permet de surveiller les dangers, d’être vigilant, prudent et du coup d’adopter les comportements adaptés à la situation comme par exemple les comportements d’éloignement à plus d’un mètre des personnes que vous côtoyez, le comportement de confinement, les lavages de mains… je n’insisterai pas tant ces mesures sont déjà médiatisées.

D’ailleurs si nous n’avions aucune anxiété nous serions vite en danger,. Nous traverserions la route sans regarder et sans anticiper qu’une voiture peut arriver, nous ferions un excès de vitesse sans anticiper qu’en cas de choc nous pouvons tuer quelqu’un ou y rester… il faut donc un petit peu d’anxiété pour survivre et protéger ceux qui nous entourent.

Cette « bonne anxiété », est une préoccupation mentale qui débouche sur des actions efficaces.

L’anxiété peut aussi nous envahir et devenir un véritable « virus mental »

Chez certains d’entre nous, l’anxiété va prendre des proportions. Nous allons penser toute la journée à l’épidémie, au confinement. Nous risquons d’avoir des pensées catastrophiques, des scénarios catastrophes qui vont nous préoccuper à longueur de temps.

Une de mes patientes me disait cette semaine au téléphone lors d’une téléconsultation, qu’elle n’arrivait pas à s’arrêter de penser toute la journée au fait qu’elle pouvait mourir ou que quelqu’un qui lui était cher pouvait mourir autour d’elle. Alors que rationnellement elle savait qu’elle avait pris toutes les mesures nécessaires pour ne pas être contaminée, qu’elle n’avait personne de contaminé autour d’elle et qu’elle n’est pas dans une profession exposant au virus.

Mais lorsque l’anxiété se développe, elle dépasse le champ du rationnel et peut devenir irrationnelle. C’est là qu’elle va entraîner des comportements inadaptés. Cette patiente passait ses journées entières à nettoyer toute sa maison jusqu’à l’épuisement. Elle terrorisait tout son entourage dès qu’il voulait bouger pour éviter de le croiser… pourtant je vous l’assure il s’agit d’une personne habituellement tout à fait « normale », raisonnable, intelligente qui a tout à fait conscience du caractère déraisonnable de son fonctionnement actuel. Mais elle est dans l’incapacité totale de contrôler ses incohérences comportementales parce qu’elle est dans l’incapacité totale de contrôler ses pensées négatives.

C’est avec des méthodes de thérapie cognitive que nous verrons dans de prochains articles , que nous avons réussi ensemble, lors de ces téléconsultations, à mieux comprendre les causes de  ses angoisse  et  à les calmer.

Une autre de mes patientes, me raconte qu’elle est obligée de téléphoner toute la journée à tout son entourage. Si elle reste seule son angoisse monte très vite, elle ne pense qu’à l’épidémie. Avec elle nous avons travaillé sur sa capacité à supporter sa vie solitaire qui était d’ailleurs un de ses problèmes avant l’épidémie.

Un de mes patients s’est investi dans ses activités professionnelles, qu’il a la chance de pouvoir continuer n’étant pas exposés virus dans son travail, mais de manière tellement intense qu’il est en train de totalement s’épuiser. « Mais si je m’arrête Docteur, alors mes pensées mes scénarios catastrophes à propos de ce  virus reviennent… j’imagine tout de suite ma mort ou celle de mes proches…  il faut que je m’occupe pour ne pas penser… ».

Un autre de mes patients passe ses journées entières sur Internet à faire des programmes de sport dans son appartement (il a gardé des poids et des altères chez lui).Il fait des heures de sport devant des programmes sur Internet, il a fini par avoir des tendinites et ne plus pouvoir faire de sport. Lorsque je lui demande pourquoi il fait tant de sport il me répond : « si j’arrête je pense trop ».

Un conseil important à ce niveau-là. Éviter la fuite dans des activités qu’elle soit physiques ou intellectuelles. Certes il est important de savoir s’occuper à la fois physiquement et mentalement pendant cette période (vous trouverez d’ailleurs sur le site un article sur les activités pendant les périodes de confinement accompagné de la vidéo sur YouTube). Mais attention aux excès qui correspondent souvent à  ce que nous appelons nous les spécialistes des « évitements mentaux ». L’excès d’activité étant là pour ne pas penser à ce qui nous inquiète. Or les spécialistes de thérapies cognitives savent qu’à vouloir éviter à tout prix, de  penser à l’épidémie, nous calme à court terme mais l’inquiétude reviendra plus forte comme un boomerang à long terme.

« L’électrochoc mental »

Cette période malgré tous les effets négatifs  de peur et d’angoisse qu’elle entraîne, peut-être aussi une période qui peut s’avérer extrêmement positive à moyen et long terme. Nous pouvons peut-être profiter du confinement et de cet « électrochoc mental » que nous sommes en train de vivre pour poser les nouvelles bases de notre vie. Quel sens nous lui donnons ? Quels sont nos objectifs vraiment importants, essentiels ? Ne faut-il pas revoir la hiérarchie de nos valeurs ? Ne pourrions-nous pas en profiter pour rapprocher nos relations et discuter profondément avec ceux qui sont confinés avec nous, mais aussi avec nos proches que nous pouvons joindre par téléphone ou par Internet. C’est peut-être le moment de se livrer de se parler authentiquement et profondément des choses importantes.

Comme souvent, une crise malgré ses effets dévastateurs, apporte souvent des réactions qui peuvent être salvatrices. Il peut être utile de s’intéresser à l’histoire de nos sociétés et de regarder comment nous en sommes sortis après les crises par exemple après les deux guerres mondiales…

Cette position nous aidera à développer nos capacités de résilience, à améliorer notre sens de l’autonomie et aussi celui des relations aux autres.

Je vous incite à prendre le plus grand soin de vous au sens large du terme et vous donne rendez-vous pour de prochains articles, dès que mon activité professionnelle m’en laissera le  temps.

Je vous souhaite une excellente journée et

Prenons soin de nous

Tous droits réservés au docteur Frédéric Fanget, Mars 2020

Pour vous tenir informés vous pouvez vous abonner gratuitement à la newsletter.

INSCRIPTION